- Concerne : Boards, P/DG, DAF, M&A, consultant.e.s impliqué.e.s
- Le problème : Une firme peut se retrouver avec des investisseurs ‘activistes’, minoritaires mais influents. Quelles sont les conséquences sur la stratégie ?
- La découverte : Il y a au moins deux types d’investisseurs activistes. L’un sacrifie tout au profit à court terme, mais l’autre s’implique dans le développement de l’entreprise
- Les auteur.e.s : Mark DesJardine (University of Pennsylvania), Wei Shi (University of Miami, USA), Zhihui Sun (Xiamen University, Chine)
- Data : Bases de données financières, 636 prises de participations ‘activistes’
Questions de départ
A cause de la liberté d’échange des actions sur les bourses, les firmes cotées n’ont pas le choix de leurs actionnaires. Nombre de firmes voient arriver à leur tour de table des investisseurs ‘activistes’ qui prennent une participation minoritaire, mais significative. Les activistes ne se contentent pas de toucher dividendes et plus-values. Ils veulent du pouvoir. Ils demandent et souvent obtiennent des sièges d’administrateur. Et puis, de façon formelle ou informelle, ils cherchent à infléchir la stratégie de la firme. L’idée reçue est que ces activistes ont une seule préoccupation : ‘dégraisser’ la firme, augmenter son efficacité opérationnelle pour dégager davantage de profit, et vite. Mais est-ce si certain ?
‘Eureka’
Avec ses collègues, Mark DesJardine, auteur de plusieurs articles sur les hedge funds, ouvre la boîte noire des investisseurs activistes. A partir de plus de 600 prises de participations dans des firmes américaines cotées et des conséquences observées au cours des trois années suivantes, leur étude qui vient de paraître dans le Journal of Management fait une distinction entre deux types d’investisseurs activistes :
- Les activistes ‘hedge fund’
- Les activistes ‘corporate
Les premiers sont de purs financiers. Contrairement aux investisseurs institutionnels classiques, passifs, ils poussent effectivement les firmes où ils sont présents à améliorer le profit pour augmenter dividendes et cours des actions. Les activistes ‘hedge funds’ revendent leurs propres titres après 4 ans en général. Ils sont majoritaires : ils représentent 89% des opérations étudiées.
Les activistes ‘corporate’, à l’opposé, sont de ‘vraies’ entreprises – pas seulement des financiers. Ils s’intéressent à la firme où ils investissent non seulement pour sa rentabilité, mais aussi pour les synergies qu’elle peut apporter à leur propre activité. Certains activistes corporate sont même des concurrents de la firme où ils investissent.
L’intérêt de la distinction éclate lorsque les chercheurs examinent les conséquences des prises de participations des deux catégories. Les firmes investies par des activistes ‘hedge fund’ tendent à réduire leurs initiatives stratégiques, à la fois en nombre et en diversité. Elles renoncent à des projets d’innovation, à des acquisitions qui les renforceraient. Leur nombre d’initiatives baisse de 16% par rapport aux entreprises sans activistes ; la complexité, ou richesse de leurs initiatives diminue d’un tiers 1. L’étude théorise que les managers des firmes se sentent paralysés face à des investisseurs qui ne connaissent pas leur business mais exigent du profit à court terme.
A contrario, les firmes cibles d’activistes ‘corporate’ doublent leurs initiatives stratégiques, et en multiplient la richesse par un facteur 4. Ces firmes bénéficient souvent de moyens supplémentaires, financiers mais aussi en expertise, de la part de leurs nouveaux investisseurs, qui privilégient la performance à long terme.
Connexions
D’autres études ont montré que le nombre et la richesse des initiatives stratégiques sont un facteur déterminant de performance. Pour les DG et boards d’entreprises cotées donc, la question de savoir à qui appartient la firme doit être permanente. Elle se pose au jour le jour. L’éventualité de l’irruption d’activistes ‘hedge fund’ peut devenir une menace sur la pérennité et l’indépendance de la firme. L’étude doit aussi devrait également nourrir la réflexion des firmes, cotées ou non, qui recherchent des minoritaires pour renforcer leurs fonds propres. Il semble préférable de courtiser d’autres firmes, y compris des concurrents, plutôt que des hedge funds.
- En pratique : Évaluation – Outils
- Références: DesJardine, M. R., Shi, W., & Sun, Z. 2022. Different Horizons: The Effects of Hedge Fund Activism Versus Corporate Shareholder Activism on Strategic Actions. Journal of Management, 48(7): 1858–1887.
1 Exceptionnellement, les hedge funds cherchent à élargir la stratégie : un fonds est en train de contraindre ExxonMobil, premier pétrolier américain, à s’ouvrir aux énergies renouvelables